De longues nuits, des bars bondés et une vie nocturne qui battait son plein jusqu’aux petites heures du matin : Prenzlauer Berg était autrefois considéré comme l’un des quartiers les plus branchés de Berlin. Que ce soit sur la Kastanienallee, autour de la Kulturbrauerei ou dans les nombreux petits bars, on y faisait la fête jusqu’au lever du soleil. Mais aujourd’hui, il ne reste plus grand-chose de cette culture légendaire de la sortie en ville. Là où on commandait autrefois ses derniers verres jusqu’à 5 heures du matin, les tables sont parfois déjà vides vers 21 h 30. Mais qu’est-ce qui se cache derrière la transformation d’un quartier autrefois connu pour ses bars animés ?

Au cœur de la discussion, il y a Roland Hoppenheit, qui tient depuis 23 ans le Saphire Bar, plusieurs fois primé, au 31 de la Bötzowstraße. Son bar à cocktails a longtemps été un lieu de rencontre très apprécié des noctambules de tout Berlin. Les clients venaient de différents quartiers pour déguster des cocktails originaux et rester jusqu’aux petites heures du matin.
Mais entre-temps, le comportement des clients a nettement changé. D’après les observations de Hoppenheit, les clients restent moins longtemps, commandent moins de boissons et quittent le bar bien plus tôt qu’il y a quelques années. Ce qui frappe particulièrement, c’est le calme qui s’installe désormais dès le début de soirée dans le quartier de Bötzow. Dès 20 heures, certaines rues semblaient déjà inhabituellement désertes, tandis que les tables de certains bars se vidaient au plus tard vers 21 h 30.
Hoppenheit a fait part publiquement de son mécontentement face à cette évolution dans un post Instagram. Il y comparait l’ambiance nocturne de ce quartier autrefois animé à celle d’un village de Brandebourg. Selon ses propres dires, son post a été vu par plus de 30 000 personnes et a déclenché un débat pour savoir si Prenzlauer Berg perdait de plus en plus son caractère d’ancien quartier festif.

Il n’y a pas que les bars à cocktails qui ressentent ce changement d’habitudes. Les restaurants du quartier de Bötzow signalent eux aussi que les horaires habituels de fréquentation ont nettement avancé. Trang Le, qui tient le restaurant thaï Preeda, remarque par exemple que beaucoup de clients viennent désormais dîner entre 17 h 30 et 18 h. Souvent, ils enchaînent le restaurant avec une séance de cinéma ou d’autres activités de loisirs. En revanche, après 21 h 30, il est rare que de nouveaux clients arrivent.
La restauratrice voit toutefois cette évolution d’un œil plus nuancé. Selon elle, le quartier de Bötzow n’a jamais été un haut lieu classique de la vie nocturne berlinoise. Ceux qui voulaient faire la fête jusqu’au petit matin se rendaient déjà plutôt à Friedrichshain ou à Neukölln. Ces changements ne doivent donc pas forcément être interprétés comme la disparition totale d’une scène festive d’autrefois, mais pourraient aussi refléter une évolution sociale générale.
Les raisons de ces soirées de plus en plus calmes sont multiples. La hausse du coût de la vie joue sans doute un rôle essentiel. Selon les données de l’association allemande des hôtels et restaurants Dehoga, les services de restauration ont augmenté de 29,3 % dans toute l’Allemagne entre janvier 2022 et avril 2026. Dans le même temps, les coûts de personnel dans le secteur de l’hôtellerie-restauration ont augmenté de 34,9 % entre le quatrième trimestre 2022 et le quatrième trimestre 2025.