L’Eldorado est encore aujourd’hui considéré comme un symbole légendaire de la sous-culture florissante et tolérante de Berlin dans les années 1920 et au début des années 1930. À l’époque haute en couleur de la République de Weimar, cette discothèque n’était pas seulement un haut lieu éblouissant de la vie nocturne, mais aussi un bastion mondialement connu de la liberté, de l’identité et de l’extravagance visuelle.
L’âge d’or d’une métropole ouverte sur le monde

Même si l’article 175 de l’époque punissait l’homosexualité, Berlin connaissait à cette époque une scène étonnamment ouverte. L’Eldorado – avec ses lieux les plus connus dans la Lutherstraße, puis plus tard dans la Motzstraße à Schöneberg – est rapidement devenu le cœur battant de ce mode de vie libéral.
Le club était surtout connu pour ses spectacles de travestis spectaculaires, où des « imitateurs de femmes » et des pionniers trans prenaient d’assaut la scène. L’Eldorado était un véritable creuset haut en couleur : c’est là que les gays, les lesbiennes et les transsexuels côtoyaient l’avant-garde artistique et intellectuelle de la ville. Même des célébrités internationales venaient fréquenter cet établissement de renommée mondiale.
L’icône du cinéma Marlene Dietrich, l’écrivain britannique Christopher Isherwood ainsi que le célèbre reporter Egon Erwin Kisch faisaient partie des invités attirés par le charme de cet établissement. Quand tu entrais dans ce club, tu plongeais dans un autre monde à l’abri de tout, où les conventions sociales perdaient tout leur sens le temps d’une nuit. Un célèbre slogan publicitaire de l’établissement résumait parfaitement ce sentiment : « C’est ici qu’il faut être ! »
La destruction de l’Eldorado et l’héritage de la liberté

Avec la montée en puissance des nazis, la scène berlinoise a été soumise à une pression croissante. Le NSDAP a diffamé l’établissement en le qualifiant de centre de « décadence » et de dépravation. Peu après la prise du pouvoir par Adolf Hitler en 1933, ce fut la fin brutale : l’Eldorado a été fermé.
Le bâtiment de la Motzstraße a été réquisitionné par la SA et détourné de manière symbolique à des fins de propagande. Sa fermeture a marqué le début d’une vague de persécutions brutales. De nombreux habitués et artistes ont été emprisonnés, déportés vers des camps de concentration ou contraints à l’émigration au cours des années suivantes.
Aujourd’hui, une plaque commémorative à l’angle de la Motzstraße et de la Kalckreuthstraße rappelle l’histoire mouvementée de cet établissement. L’Eldorado reste un mémorial intemporel de la diversité vécue, de l’aspiration à l’autodétermination et du courage de la liberté individuelle.