L’architecture de Berlin raconte des histoires qu’on devine à peine au premier coup d’œil. Alors que le centre de congrès futuriste ICC a même servi de décor à Hunger Games (Die Tribute von Panem), d’autres édifices spectaculaires ont depuis longtemps disparu du paysage urbain. Parmi eux, le légendaire Haus Vaterland à Potsdamer Platz, qui attirait chaque année environ un million de visiteurs pendant les années folles. Avec ses douze restaurants à thème, une capacité d’accueil de 8 000 personnes et ses orages artificiels, il offrait une expérience de divertissement hors du commun. Aujourd’hui, il ne reste que quelques traces de cet ancien palais des divertissements.

La Haus Vaterland, sur la Potsdamer Platz, comptait parmi les lieux de divertissement les plus spectaculaires des « années folles » et était en avance sur son temps à bien des égards. Ce bâtiment monumental a été construit dès 1912 selon les plans de l’architecte Franz Schwechten et abritait au départ le Café Piccadilly, qui, avec environ 2 500 places, comptait parmi les plus grands cafés de Berlin. Au début de la Première Guerre mondiale, en 1914, il a été rebaptisé « Kaffeehaus Vaterland ».
Le 1er septembre 1928, après d’importants travaux de rénovation dirigés par l’architecte Carl Stahl-Urach, le bâtiment a ouvert ses portes en tant qu’immense palais des divertissements. La gestion gastronomique a été confiée à la célèbre entreprise Kempinski. Jusqu’à 8 000 convives pouvaient y dîner, faire la fête et se plonger dans différents univers de découverte en même temps. Douze restaurants à thème somptueusement aménagés permettaient de faire un véritable tour du monde en plein cœur de Berlin. Parmi eux, on trouvait une brasserie bavaroise, un café turc, un bar Far West, une taverne viennoise et une bodega espagnole.
La plus grande attraction était sans doute les « terrasses du Rhin », aménagées avec des rochers artificiels, des châteaux et un paysage romantique du Rhin. Chaque heure, on y mettait en scène un orage spectaculaire avec des éclairs artificiels, du tonnerre et de la pluie. Des musiciens et des artistes de jazz internationaux, comme Sidney Bechet, se produisaient aussi à la Haus Vaterland. Avec environ un million de visiteurs par an, ce palais des divertissements est devenu l’un des lieux de divertissement les plus connus de la capitale.

Mais avec l’arrivée au pouvoir des nazis en 1933, un chapitre sombre de son histoire a commencé. La famille d’entrepreneurs juifs Kempinski a été chassée de l’entreprise dans le cadre de la persécution nazie. En 1937, la société Aschinger AG a repris l’exploitation. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le bâtiment a été gravement endommagé en 1943 lors de raids aériens alliés.
Après la fin de la guerre, certaines parties du bâtiment ont été temporairement réutilisées comme restaurant. Mais pendant le soulèvement populaire du 17 juin 1953, le bâtiment a de nouveau pris feu. Avec la construction du mur de Berlin en 1961, la ruine s’est finalement retrouvée dans la zone frontalière et s’est de plus en plus délabrée. En 1976, les parties restantes du bâtiment ont été définitivement démolies. Aujourd’hui, c’est le complexe de bureaux et de commerces Park Kolonnaden, achevé en 2002, qui se trouve à cet endroit. Il ne reste plus rien de cet ancien palais des divertissements qui enchantait Berlin avec ses orages artificiels et un tour du monde en une soirée.